Aller au contenu
Dossiers

Thyroïde et yeux : quand une maladie thyroïdienne touche la vue

Yeux qui semblent plus proéminents, paupières rétractées, sécheresse et vision double : le lien entre maladie thyroïdienne, en particulier Basedow, et les yeux.

Gros plan calme sur le haut du visage d'une personne, regard neutre, lumière naturelle douce, aucun autre détail visible.

Des yeux qui semblent progressivement plus proéminents, des paupières qui laissent voir davantage de blanc de l’œil qu’auparavant, une sécheresse oculaire soudainement plus marquée : ces changements, parfois discrets au début, peuvent traduire une atteinte oculaire liée à une maladie de la thyroïde, le plus souvent la maladie de Basedow.

Ce dossier détaille le lien entre thyroïde et yeux, les signes oculaires qui doivent faire évoquer cette origine, pourquoi la vision double fait partie des signaux à ne pas négliger, et comment s’organise le suivi entre endocrinologue et ophtalmologiste.

Il ne s’agit pas d’un avis médical individuel. Le diagnostic d’une atteinte oculaire d’origine thyroïdienne et sa prise en charge relèvent d’un endocrinologue et d’un ophtalmologiste.

Quel est le lien entre la thyroïde et les yeux ?

La thyroïde, une petite glande située à la base du cou, régule de nombreuses fonctions de l’organisme par les hormones qu’elle produit. Certaines maladies thyroïdiennes, en particulier d’origine auto-immune, peuvent avoir des répercussions qui dépassent largement le fonctionnement de la glande elle-même, notamment au niveau des tissus situés dans l’orbite, la cavité osseuse qui abrite le globe oculaire.

Ce lien, qui peut sembler surprenant au premier abord tant la thyroïde et les yeux paraissent anatomiquement éloignés, s’explique par un mécanisme immunitaire commun : le système immunitaire, en s’attaquant par erreur à des structures de la thyroïde, peut également cibler des tissus similaires présents dans l’orbite, provoquant une inflammation locale qui se traduit par les signes oculaires caractéristiques de cette atteinte.

La maladie de Basedow, cause la plus fréquente de l’atteinte oculaire thyroïdienne

La maladie de Basedow est une pathologie auto-immune de la thyroïde, qui provoque le plus souvent une production excessive d’hormones thyroïdiennes. C’est la cause la plus fréquemment associée à une atteinte oculaire d’origine thyroïdienne, parfois appelée orbitopathie thyroïdienne ou orbitopathie basedowienne.

Toutes les personnes atteintes de la maladie de Basedow ne développent pas d’atteinte oculaire, et son intensité varie fortement d’une personne à l’autre lorsqu’elle survient. Le tabagisme est identifié comme un facteur qui aggrave le risque et la sévérité de cette atteinte, ce qui rend l’arrêt du tabac particulièrement recommandé chez les personnes concernées par cette maladie.

Quels signes oculaires doivent faire penser à une atteinte thyroïdienne ?

Plusieurs signes, isolés ou associés, peuvent orienter vers cette origine, en particulier chez une personne déjà suivie pour une maladie thyroïdienne.

Notre dossier sur les paupières gonflées au réveil détaille les causes les plus fréquentes de ce symptôme au quotidien, dont une atteinte thyroïdienne représente une cause plus rare mais à connaître, en particulier lorsque le gonflement s’associe à d’autres signes de cette liste.

Pourquoi les yeux deviennent-ils si secs et irrités dans cette atteinte ?

La rétraction des paupières, fréquente dans cette atteinte, réduit la couverture normale de l’œil par la paupière, en particulier lors du clignement et pendant le sommeil. Une surface oculaire moins bien protégée s’expose davantage à l’évaporation du film lacrymal et à l’irritation par l’air ambiant, ce qui explique une sécheresse souvent plus marquée que celle observée en dehors de ce contexte.

Notre dossier sur le syndrome de l’œil sec détaille les mécanismes généraux de cette sécheresse, et notre article sur le choix des larmes artificielles aide à orienter le choix d’une formule adaptée, un geste qui apporte souvent un confort réel en complément du traitement de la maladie de fond.

Vision double : un signe qui ne doit jamais être négligé

L’inflammation des tissus orbitaires peut toucher les muscles qui orientent le globe oculaire, perturbant leur coordination et provoquant une vision double, appelée diplopie. Ce signe, qui peut apparaître progressivement ou de façon plus soudaine, mérite toujours un avis ophtalmologique rapide, qu’il soit ou non déjà connu comme lié à une maladie thyroïdienne.

Notre dossier sur la vision double et le strabisme de l’adulte détaille plus largement ce symptôme, ses causes possibles et les solutions qui existent, notamment les verres prismatiques, pour les situations où cette diplopie persiste malgré le traitement de la cause sous-jacente.

L’hypothyroïdie peut-elle aussi toucher les yeux ?

L’atteinte oculaire décrite dans ce dossier est très majoritairement associée à la maladie de Basedow, qui provoque un excès d’hormones thyroïdiennes. Une thyroïde qui fonctionne au ralenti, l’hypothyroïdie, est beaucoup plus rarement associée à des signes oculaires spécifiques, qui restent généralement moins marqués et moins caractéristiques que ceux observés dans la maladie de Basedow.

Cela ne signifie pas qu’une hypothyroïdie ne mérite pas d’attention sur le plan général : c’est simplement une atteinte oculaire distincte, moins fréquente et moins spécifique, qui ne doit pas être confondue avec l’orbitopathie basedowienne décrite ici. Une personne suivie pour une hypothyroïdie qui constate des changements marqués au niveau des yeux, comparables à ceux décrits pour la maladie de Basedow, doit en informer son médecin plutôt que d’écarter d’emblée un lien possible : un dérèglement thyroïdien peut évoluer dans le temps, y compris passer d’une forme à une autre chez certaines personnes.

Une atteinte qui évolue par phases, pas de façon linéaire

L’orbitopathie thyroïdienne suit généralement une évolution en deux temps, ce qui explique pourquoi son intensité peut sembler très variable d’une consultation à l’autre. Une première phase, dite active ou inflammatoire, se caractérise par une aggravation progressive des signes, gonflement, rougeur, gêne croissante, sur une période qui s’étend généralement sur plusieurs mois. Cette phase active laisse ensuite place à une phase dite stable ou inactive, où l’inflammation s’apaise progressivement, même si certains signes, comme l’exophtalmie ou la rétraction des paupières, peuvent persister sans nécessairement s’aggraver davantage.

Cette distinction entre phase active et phase stable importe beaucoup pour la décision thérapeutique : certains traitements, notamment ceux visant à réduire l’inflammation, sont surtout envisagés pendant la phase active, tandis qu’une chirurgie de correction, si elle est nécessaire, est généralement proposée une fois la phase stable atteinte, pour éviter d’intervenir sur des tissus encore en évolution.

Comment s’organise le suivi entre endocrinologue et ophtalmologiste ?

Cette atteinte réunit généralement deux professionnels aux rôles complémentaires. L’endocrinologue suit et traite la maladie thyroïdienne sous-jacente, dont l’équilibre hormonal influence souvent, sans que ce soit systématique, l’évolution de l’atteinte oculaire. L’ophtalmologiste, de son côté, évalue spécifiquement les répercussions oculaires, leur sévérité, et propose une prise en charge adaptée, qui peut aller de simples soins de confort à des traitements plus spécifiques selon les cas.

Que retenir si un proche évoque ce type de changement ?

Il n’est pas rare que ce soit l’entourage, plutôt que la personne concernée elle-même, qui remarque en premier un changement progressif de l’aspect des yeux, précisément parce que ce changement s’installe lentement et devient moins perceptible pour celui qui le vit au quotidien. Signaler avec délicatesse une telle observation à un proche déjà suivi pour une maladie thyroïdienne, ou l’inviter à en parler à son médecin, peut permettre une identification plus précoce de l’atteinte, à un stade où la prise en charge est généralement plus simple à mettre en place. Le xanthélasma, cette petite plaque jaunâtre qui apparaît parfois au coin des paupières, illustre un autre cas où un changement visible autour des yeux mérite d’être signalé plutôt qu’ignoré.

Ce dossier en bref

La maladie de Basedow reste la cause la plus fréquente d’atteinte oculaire d’origine thyroïdienne, avec des signes caractéristiques : exophtalmie, rétraction des paupières, sécheresse marquée et parfois vision double. Cette atteinte ne touche pas systématiquement toutes les personnes concernées par la maladie et varie fortement en intensité. Une vision double récente ou une baisse de vision associée à ces signes doivent conduire à un avis ophtalmologique rapide, dans le cadre d’un suivi qui réunit généralement endocrinologue et ophtalmologiste.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'exophtalmie, exactement ?

C'est une protrusion anormale du globe oculaire vers l'avant, qui donne l'impression que les yeux ressortent davantage que d'habitude. Elle résulte, dans le contexte thyroïdien, d'une inflammation des tissus situés derrière l'œil, dans l'orbite, qui repousse progressivement le globe oculaire vers l'avant. Elle touche le plus souvent les deux yeux, parfois de façon asymétrique.

Toutes les personnes atteintes de la maladie de Basedow développent-elles une atteinte oculaire ?

Non, l'atteinte oculaire ne concerne pas systématiquement toutes les personnes atteintes de cette maladie thyroïdienne auto-immune, et son intensité varie fortement d'une personne à l'autre lorsqu'elle survient. Certains facteurs, notamment le tabagisme, sont identifiés comme aggravant le risque et la sévérité de cette atteinte, ce qui rend l'arrêt du tabac particulièrement recommandé chez les personnes concernées.

Pourquoi les yeux deviennent-ils si secs en cas d'atteinte thyroïdienne ?

La rétraction des paupières, fréquente dans cette atteinte, réduit la couverture normale de l'œil par la paupière, en particulier lors du clignement et pendant le sommeil. Le film lacrymal se répartit alors moins efficacement sur la surface oculaire, ce qui favorise une sécheresse souvent plus marquée que celle observée en dehors de ce contexte.

La vision double liée à cette atteinte est-elle réversible ?

Cela dépend de la cause précise et du stade de l'atteinte. Une inflammation des muscles qui orientent l'œil peut perturber leur coordination et provoquer une vision double, qui s'améliore parfois avec le traitement de la maladie de fond, mais qui peut aussi nécessiter une prise en charge spécifique, par prismes ou par chirurgie, selon l'évolution. Seul un ophtalmologiste peut évaluer cette évolution dans un cas précis.

Qui suit ce type d'atteinte, l'endocrinologue ou l'ophtalmologiste ?

Les deux, en général de façon coordonnée. L'endocrinologue suit et traite la maladie thyroïdienne sous-jacente, tandis que l'ophtalmologiste évalue et prend en charge les répercussions oculaires spécifiques. Cette double prise en charge permet d'ajuster le suivi selon l'évolution de la maladie de fond et celle, parfois distincte dans le temps, de l'atteinte oculaire.

Une atteinte oculaire peut-elle apparaître avant le diagnostic de la maladie thyroïdienne ?

Oui, c'est une situation qui complique parfois l'identification de la cause : des signes oculaires peuvent précéder de plusieurs mois le diagnostic de la maladie thyroïdienne elle-même, ou au contraire apparaître après que celle-ci a déjà été traitée. Toute évolution inhabituelle de l'aspect des yeux mérite d'être signalée à un médecin, qui orientera vers les examens appropriés.

  • thyroïde
  • exophtalmie
  • santé des yeux
  • ophtalmologie

Les informations publiées sur cette page sont générales et vérifiées à la date de mise à jour indiquée. Elles ne remplacent ni l’avis d’un ophtalmologiste, d’un orthoptiste ou d’un opticien diplômé, ni la lecture de votre contrat de complémentaire santé. Notre méthode.

À lire ensuite

Pour aller plus loin

Gros plan sur des mains posées en coupe devant des yeux fermés, lumière naturelle douce, aucun autre détail du visage identifiable. Dossiers

Méthode Bates : ça marche vraiment ?

Palming, clignement, exercices de relaxation : que peut vraiment la méthode Bates contre la myopie, l'astigmatisme ou la presbytie, et ce qu'elle ne peut pas faire.

Jeune femme tenant une compresse blanche sur un œil, assise à une table où sont posés une paire de lunettes de vue et un bol d'eau claire. Dossiers

Orgelet : durée, soins et lentilles

Bouton rouge et douloureux au bord de la paupière : comment évolue un orgelet, les bons gestes, les erreurs à éviter et quand reprendre lentilles et maquillage.